Les cancers primitifs dits « du poumon » sont en réalité des cancers des bronches.
 Cancers bronchiques:
Les cancers bronchiques primitifs, souvent appelés cancers du poumon, représentent la première cause de décès par cancer chez l’homme avec environ 24 000 nouveaux cas par an en France. Le nombre annuel de décès est peu différent car moins de 10 % des malades survivent plus de cinq ans. Aux États-Unis, où les femmes fument depuis longtemps et meurent désormais plus de ce cancer que du cancer du sein, il tue environ 160 000 personnes des deux sexes par an. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) oppose les cancers bronchiques à petites cellules (15 à 20 % de l’ensemble) aux autres (carcinomes épidermoïdes 40 %, adénocarcinomes 25 30 %, carcinomes à grandes cellules 15 %).
Le cancer bronchique est associé au tabac qui explique l’augmentation considérable de sa fréquence au XXe siècle et, à un moindre degré, à des facteurs professionnels (Figure). Le risque lié au tabac est en rapport avec le nombre de cigarettes fumées par jour et avec la durée d’exposition. Il est plus élevé chez les fumeurs de cigarettes que chez les fumeurs de pipe ou de cigares qui aspirent la fumée moins profondément. Il est aussi proportionnel à la teneur en goudrons des cigarettes et plus élevé chez les fumeurs de tabac brun. Il diminue pendant plusieurs années après l’arrêt du tabagisme mais ne s’annule pas. Ce risque concerne non seulement les carcinomes épidermoïdes (99 %) et les cancers à petites cellules (90 %), mais également les adénocarcinomes et les carcinomes à grandes cellules (70 %). Le danger du tabagisme passif est démontré depuis les années 1980 : les conjoints non fumeurs de fumeurs ont une surmortalité de l’ordre de 30 %. Dans le milieu professionnel, le risque le mieux connu est lié à l’amiante, principalement pour l’adénocarcinome. Il existe une relation dose-effet entre la quantité d’amiante inhalée et le risque de cancer qui apparaît 10 à 20 ans plus tard. Ce risque est fortement augmenté par le tabagisme. L’arsenic augmente aussi le risque de cancer après un temps de latence qui peut dépasser 35 ans, de même que des expositions au chrome, au nickel et chez les mineurs de fer. Inversement une alimentation riche en vitamine A et en bêta-carotène réduirait le risque de cancer en général et celui de cancer bronchique en particulier.
Le cancer bronchique est révélé par une toux persistante, un crachement de sang (hémoptysie), une infection pulmonaire traînante, une douleur thoracique, un essoufflement (dyspnée), un sifflement respiratoire, une modification de la voix, une fatigue anormale ou un amaigrissement. Rarement réunis, ces signes peuvent manquer et le diagnostic est alors fait sur une radiographie thoracique lors d’un examen systématique. Ils ont d’autant plus de valeur qu’ils surviennent chez un fumeur à plus de 20 paquets-année (c’est-à -dire ayant fumé 1 paquet par jour pendant 20 ans ou 10 cigarettes par jour pendant 40 ans), inhalant la fumée, de plus de 50 ans, mais une tumeur bronchique peut se développer dès l’âge de 30 ans. On recherche des ganglions à la base du cou (sus-claviculaires), des côtes douloureuses, une tuméfaction de la paroi du thorax, une compression de la veine cave supérieure (cou ou visage enflés), enfin d’éventuelles métastases.
Le pronostic est lié à l’étendue du cancer définie par un bilan complet. La radiographie thoracique montre une opacité tumorale, un trouble de ventilation ou de volumineux ganglions qui conditionnent les possibilités chirurgicales. Une scanographie précise les rapports de la tumeur avec la paroi et les organes du médiastin, entre les deux poumons. La fibroscopie explore la trachée et les bronches au moyen d’un endoscope souple introduit par une narine : souvent, elle montre la tumeur, précise son extension et permet les prélèvements (biopsie) qui donnent le diagnostic. Lorsqu’elle est normale, on a recours à une ponction sous scanner afin de préciser la nature de la tumeur. D’autres examens recherchent des métastases, en particulier dans le foie, les glandes surrénales, les os ou le cerveau. La décision thérapeutique dépend de l’état du malade, de son âge, de l’étendue de la maladie et du type de cancer.
Le cancer bronchique à petites cellules est une maladie souvent disséminée qui se traite par une chimiothérapie permettant des survies au-delà de trois ans. Les anthracyclines, les alkylants, l’étoposide et les sels de platine, associés, donnent une réponse dans 80 à 90 % des cas, mais elle n’est complète que dans 30 à 40 % des cas (deux à quatre cycles suffisent pour la réponse maximale). La chimiothérapie est complétée par une radiothérapie thoracique, quand la maladie paraît limitée au thorax, pour diminuer le risque de récidive locale. La chirurgie ne se discute que dans quelques cas de petites tumeurs ou de tumeurs mixtes. Ces traitements permettent de guérir 20 à 30 % des patients ayant une forme limitée.
Pour les autres cancers bronchiques (« non à petites cellules »), la chirurgie reste le traitement de choix, mais elle n’est possible que dans un tiers des cas et n’est efficace que s’il n’y a pas d’envahissement ganglionnaire. Si la tumeur atteint une grosse bronche ou s’il existe un envahissement des ganglions du médiastin, la survie à cinq ans ne dépasse pas 20 à 30 %. Selon l’extension, la chirurgie enlève un poumon ou seulement un de ses lobes. Un traitement pré ou postopératoire par chimiothérapie peut faciliter la résection et augmente les chances de guérison. Lorsque la tumeur n’est pas opérable mais qu’elle est encore limitée au thorax, le traitement de base est la radiothérapie qui n’obtient que des survies médiocres. Une chimiothérapie améliore un peu les résultats en diminuant le nombre de métastases et augmente le pourcentage de malades survivant à long terme. En cas de métastase, le traitement est palliatif. La chimiothérapie prolonge la survie et fait diminuer le volume tumoral dans un tiers des cas.
Les cancers bronchiques sont un problème majeur de santé publique dans les pays développés et commencent à le devenir dans les pays en voie de développement où le tabagisme se répand. Leur prévention passe par une diminution de l’intoxication tabagique. Ces tumeurs évoluent souvent rapidement et l’absence de méthode diagnostique précoce conduit à les découvrir fréquemment à un stade avancé chez des malades présentant d’autres complications, cardio-vasculaires et respiratoires en particulier, d’un tabagisme chronique. Les cancers bronchiques apparaissent ainsi comme une des complications, souvent fatale, de la maladie tabagique.
Voir aussi Bateson, Brel, Brynner, Devay, McLaren, Malaparte, Mercouri, Roy, Théorie du Parachute, Vailland.